Sioux, Cheyennes, Iroquois, Apaches, ces noms évoquent de fiers guerriers,
chasseurs de bisons et cavaliers émérites, symbole d'une vie libre dans les
espaces sans fin d'une Amérique de Western. Mais ce n'est pas la réalité. Tous
les westerns du monde n'ont pas su montrer les Indiens tels qu'ils sont
vraiment. Les films transforment leurs croyances, ils oublient leurs techniques,
ils caricaturent leur mode de vie.
Le cinéma américain nous raconte
des histoires d'Indiens et non pas l'histoire des Indiens.
Et cette
histoire aurait commencé quelques 40.000 ans avant l'arrivée de Christophe
Colomb.
C'est à cette époque que venant d'Asie, ils se seraient installés en
Amérique. Un pont de glace relie alors la Sibérie à l'Alaska. Tout en
poursuivant des troupeaux de mammouths, des groupes de chasseurs nomades sont
passés sans le savoir de l'Asie en Amérique. Au fil des millénaires,
les Indiens s'installent partout du Nord au Sud.
Une deuxième vague
venant de Sibérie occupent les déserts glacés de l'Arctique, il y a 3000 ans. Ce
sont les Inuits. Les peuples indiens s'adaptent aux milieux
naturels les plus difficiles. Des grandes plaines de l'Ouest en passant par
l'immense forêt amazonienne jusqu'à la terre de feu, ils créent des
civilisations extrêmement différentes.
Avant l'arrivée des Blancs, on estime que 7 à 8 millions d'indiens
occupaient l'Amérique du Nord. Tous les vestiges archéologiques retrouvés ici et
là, dans les vestiges, attestent de l'ancienneté de l'occupation du continent.
Ici comme sur d'autres continents, on retrouve les mêmes signes de l'évolution
de l'homme comme par exemple le façonnage de récipients , les peintures
rupestres représentant les scènes de la vie quotidienne, l'expression par signes
chez les peuples qui n' écrivaient pas ou bien encore les outils primitifs, mis
à la disposition par la nature ( pierre, os , bois taillés). Et puis,
au fil du temps les techniques ont évolué comme nous le montre dans certaines
régions les habitats collectifs très poussés à plusieurs étapes.
Les premiers Américains du Nord, les Indiens étaient et restent encore
aujourd'hui des chasseurs comme les Cree du Canada. Autrefois, le
caribou, l'élan, l'ours, le castor et aussi bien sûr le bison étaient traqués
pour leur chair et leur peau. Il y a aussi la pêche qui fait vivre des
populations entières, sur la côte Nord- Ouest où le saumon est abondant.
Et puis bien sûr, là où le climat le permet: l'agriculture.
Le maïs d'abord: des clairières du bord des grands lacs aux plaines
sèches de l'Arizona . Aucun peuple ne néglige pourtant la collecte
des racines, des baies sauvages ou des plantes médicinales.
Suivant,
qu'ils soient nomades ou sédentaires, vivants en famille ou en collectivité, et
bien sûr suivant le climat, chaque groupe possède un habitat différent.
Le Dôme en peau de caribou, la maison de thuyas, les maisons collectives
en écorces d'arbres, la maison en terre ou en palmiers nains, les tipis en peaux
de bisons et la cabane en plaques de bois.
Aujourd'hui, seules
quelques dizaines de langues indiennes survivent alors qu'à l'arrivée des
envahisseurs européens, elles étaient des centaines.

LA PHILOSOPHIE INDIENNE
" Quand tu te lèves le matin, remercie pour la lumière du
jour, pour ta vie et ta force. Remercie pour la
nourriture et le bonheur de vivre. Si tu ne vois pas de
raison de remercier, la faute repose en toi-même."
(Tecumseh, chef Shawnee ( 1768 - 1813) )
Partout dans la nature, les Indiens voient la présence
d'esprits, de force. La vie est un dialogue permanent avec elle afin
de se les concilier ou de s'en protéger.
Nous voyions la main du Grand Esprit dans presque tout: soleil, lune,
arbres, vent et montagnes. Parfois, nous l'approchions à travers toutes ces
choses. Etait- ce si mal? Je pense que nous croyons sincèrement en
l'Être suprême. ... Les Indiens qui vivent près de la nature et du
maître de la nature ne vivent pas dans l'obscurité."
Dans un discours célèbre en 1855, le chef Seattle résuma magnifiquement la
différence entre la philosophie blanche et la philosophie indienne de la
nature:
" Le ciel au-dessus de nos têtes qui a pleuré des larmes de compassion
pendant des siècles et des siècles, qui nous paraît immuable et éternel est
soumis au changement. Aujourd'hui est clair, demain il sera
peut-être recouvert de nuages. Chaque parcelle de ce pays est sacré dans
l'esprit de mon peuple, chaque flanc de montagne, chaque vallée, chaque plaine,
chaque bocage a été sanctifié par un événement heureux ou malheureux survenu à
une époque depuis longtemps révolue. Les rochers eux-mêmes apparemment muets et
morts transpirent sous le soleil le long du rivage silencieux et frémissent du
souvenir important lié à la vie des miens. Quand le dernier homme rouge aura
disparu de la surface de cette terre et que le souvenir des miens sera devenu un
mythe parmi les hommes blancs, ces rivages s'animeront des morts invisibles de
ma tribu. Lorsque les enfants de vos enfants se croiront seuls dans les champs,
dans les magasins, sur les routes ou dans le silence des bois impénétrables, ils
ne le seront pas. La nuit, quand les rues de vos villes et de vos villages
seront silencieuses, et que vous les croirez désertes, elles seront remplies par
la foule des revenants qui occupaient autrefois cette belle contrée et
continuent de l'aimer. L'homme blanc ne sera jamais seul."
Et quelques temps plus tard, résonnait dans la plaine:
" Tuez
tous les Indiens que vous rencontrerez" ordonna le colonel Evans. "
Le seul indien bon est un indien mort " phrase définitive et célèbre du Général
Shéridan.
Ainsi la conquête de l'Ouest ne fut qu'une extermination
systématique de millions d'Indiens.

CROYANCES ET COUTUMES
A l'origine de toutes les religions, on retrouve le même respect pour la
terre, la nature. Jamais une religion ne prêchera que l'homme est
égal à Dieu et doit dominer la nature. La soumission à la nature est
commune à toutes les civilisations.
Tout autour d'eux la nature s'offrait en spectacle, les Indiens
surent la respecter et l'aimer. Ils surent l'écouter avec assez
d'humilité pour découvrir les liens qui unissent les animaux, les hommes et les
plantes. Des liens secrets que la tradition a su conserver jusqu'à
aujourd'hui.
" Les Indiens vivaient en communion avec la nature. Pour
eux, il y avait des esprits dans les arbres, des esprits dans les plantes, des
esprits dans les fleurs." C'est ce que les Catholiques ont voulu
détruire. Notre peuple a été détruit et martyrisé au- delà de la limite. Un
véritable holocauste."
Leur vie est rythmée par les fêtes religieuses. Le masque est
l'élément central de la danse. Lorsque le danseur le porte, il oublie pour un
temps sa personnalité et se dévoue totalement à l'esprit qui l'envahit. "
Les rites et les danses des Indiens expliquent toute l'importance qu'ils
accordent à leurs racines, aux liens qui les lient à l'environnement. Les
Indiens sont beaucoup plus soucieux de la dimension spatiale que la dimension
temporelle ou historique. Ils tiennent toujours à célébrer le lieu qui a vu
naître le clan ou l'endroit qui lui a permis de se développer. "
Certaines tribus ensevelissaient leurs morts avec tous les objets qui leur
avaient appartenus tels que leurs bijoux, leurs armes, leurs poteries. "
L'inhumation était perçue comme l'accomplissement du cycle humain. L'homme était
né de la terre et à sa mort, il retournait là d'où il venait. La terre est
perçue comme la mère nourricière. L'homme et la nature sont liés. Le même sang
irrigue ses fils."
Les Mounds ( immenses nécropoles recouvertes de terre) bâtis par les Indiens
du Mississippi sont des tombes collectives énormes. Ce sont des tombeaux
reproduisant la forme du ventre d'une femme enceinte. C'est une façon d'honorer
la maternité.
"Après la mort, nous choisissons la forme sous laquelle nous voulons
revenir en devenant un esprit. L'un dira : j'aime les arbres, il dira: " je
serais un cèdre et la tribu pourra se servir de moi. Un autre qui aime marcher
dans la montagne dira: " je vais me transformer en cerf comme ça, ils pourront
utiliser mes bois, mon cuir, mes sabots, manger ma chair". Tous les esprits
reviennent ainsi sous une forme ou une autre. Et l'important pour eux, c'est de
servir aux autres générations car nous faisons partie d'une même famille. Quand
on s'aventure dans les grands espaces, on se retrouve parmi nos frères et soeurs
qui veillent sur nous. La nature nous aime, elle nous a toujours aimée."
" Si je devais changer quelque chose, je m'adresserai aux occidentaux et
je leur conseillerai de réfléchir à leurs erreurs et je leur dirai qu'au
lieu de nous acheter des plumes, des filtres magiques ou des objets sacrés
qu'ils aillent se ressourcer à leur propre histoire."
Aujourd'hui les Indiens sont catholiques et protestants mais la majorité
ont gardé un profond respect pour certains lieux sacrés. Ils associent encore
des croyances de leurs ancêtres à leur religion. Ils pensent que Jésus est le
soleil par exemple.
Les Indiens ont toujours honoré le cercle, symbole de l'éternité c'est la
forme sous laquelle ce sont tenus les conseils des anciens. C'est la forme du
soleil et celle de leur tente, les tipis.
" Tout notre pouvoir
provenait du cercle sacré. Tant que le cercle n'a pas été rompu notre peuple
prospérait comme un arbre en fleur. Il se tenait en cercle et tira sa vitalité
des quatre quartiers du cercle. L'Est lui assurait la lumière et la
paix. Le Sud lui donnait la chaleur L'Ouest lui donnait la
pluie Le Nord grâce au vent vivifiant lui assurait la force et
l'endurance."
" Les Indiens considèrent le tipi comme un don de Dieu. Parfois lorsque
vous regardez l'horizon après l'orage, vous voyez un arc-en-ciel à l'Est et des
rayons de soleil à L'Ouest. C'est comme si la terre était tenue
par des fils qui tissent un manteau pour réchauffer les hommes. Quand les
Indiens ont vu ceci, ils ont dit : " Faisons notre maison à cette image. "
Le tipi est sans doute l'objet le plus important de notre culture. Il
faut que nous soyons aussi solides que les pieux de nos tipis, ils penchent, ils
fléchissent mais ils tiennent bon malgré tout."
Chaque tribu avait sa langue, ses traditions, son organisation sociale.
Mais toutes entretenaient avec la nature le même respect et le même amour
filial. " Les animaux, les plantes et les hommes étaient frères de
sang. Les Shamans ( sorciers ) connaissaient tous les secrets de l'univers. Ils
veillaient à ce que l'harmonie du monde soit respectée."
Pour communiquer entre eux, les Indiens ont convenu d'une langue que tous
comprennent : la langue des signes. Chaque tribu avait
son signe particulier qui lui permettait de se présenter. Mais curieusement les
identifications tribales étaient précédées du geste signifiant indien :
ils se frottaient deux fois la main d'avant en arrière. Puis ils se
présentaient: Les Comanches imitaient le glissement des serpents.
Les Cheyennes faisaient le geste de se couper les doigts. Les
Corbeaux imitaient le vol des corbeaux. Les Pawnees faisaient le
signe V. Les Nez-Percés passaient l'index sous le nez. Ils
pouvaient ensuite discuter, commercer. C'était surtout une langue imitative
fondée sur l'imitation de l'objet dont on parle. Au fur et à mesure,
les Indiens y ont rajouté un niveau symbolique. " Nous ne voyons pas
le monde comme vous le voyez et cela est dû à la langue qui structure notre
pensée. Si vous vous servez d'une langue où cette distinction entre vivant et
mort n'existe pas mais où la différence est entre animé et inanimé alors tout
vous paraîtra vivant. Le monde est vivant autour de nous."
Le langage des signes n'a cours que chez les Indiens des plaines.
Ceux-ci commercent beaucoup ensemble et doivent trouver un moyen commode
pour se comprendre, négocier, acheter et vendre. Au début du siècle,
le développement de l'anglais chez tous les peuples autochtones d'Amérique du
Nord fait tomber la barrière de la langue et rend complètement caduque ce mode
de communication.
La Peinture sur les visages et les corps est une pratique qui
réunit communication sociale et liberté individuelle d'expression. Voici
quelques exemples : J'ai déjà tué un ennemi - j'ai accompli un exploit
héroïque - Je pars pour la guerre - Je suis en deuil - Pour qu'une pluie arrose
le maïs. La tradition du maquillage continue aujourd'hui dans les
réunions . Là, l'Indien en dansant fait le lien entre son passé tragique et son
avenir incertain. Plus de mille réunions se tiennent chaque année aux
Etats- Unis. On vient y danser, y concourir pour des prix, se rencontrer entre
tribus, dans le chant, la danse et la fête.
Maisons, costumes, coiffures, artisanat, alimentation, chaque tribu
indienne élabore son propre savoir-faire qui témoigne de l'originalité de sa
culture et porte une signification précise. Chez les Indiens
existe une division stricte du travail. Certaines tâches sont réservées
aux femmes : telle la cuisson du pain au four . Par contre l'homme chasse
et construit . Par exemple une loge à sudation qui est recouverte
d'une toile afin de conserver les vapeurs des pierres chaudes aspergées d'eau.
Les vapeurs soignent, permettent de dialoguer avec les esprits, d'obtenir des
visions. Ces coutumes ne peuvent subsister aujourd'hui que dans les
réserves.
DanseLoups
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