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Les Poèmes de Meg ... |
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Sitting bull
Un cheval lancé au galop, dévale les prairies
Le mors lui blesse les dents, asservi, avili
Sa crinière hérissée, comme une machine de guerre
Son corps sculptural aux sabots qui blessent la terre
Esclave vivant dune cause à laquelle il ne comprend rien
Il ny a plus dhommes blancs, il ny a plus dindiens
Il y a deux haines qui se font face
Il y a deux guerres qui se menacent
Et là bas, le désert qui sembrase dune lutte qui rend fou
Dun combat titanesque aux contours davenir flous
Jadis en paix dans un désert de merveilles et de richesses
Soudain voit apparaître de nouveaux desseins
Qui donnent un air de déjà fini à ton destin
Implacable logique du progrès humain qui tue toutes tes sagesses
Les vents tentent dans un dernier murmure
De te souffler les mots qui te renforcent et te rassurent
Mais déjà tu nentends plus rien, sourds aux appels des éléments
Tu dois lutter avant quil ne soit trop tard
maintenant
Les armes sont inégales aux cerveaux étrangers de lavidité
Ton corps frémit sous les assauts des feux de la modernité
Au nom de lor et des diamants, tu courbes léchine
Impuissant devant ces rafales de mort qui te devinent
Caché dans tes croyances dérisoires face au monde sans pitié
Qui sacrifie lintégrité au profit du dieu du pouvoir dacheter
Quelques breloques de pacotilles en échange de ton passé
Quelques morceaux de papier promis pour oublier tes racines sacrées
Et le ciel sassombrit sous la colère des Dieux de la montagne
La rage au coeur et le désespoir qui sème la gangrène
Parmi les tribus autrefois solidaires dans la hargne
Tu ne reconnais plus rien dans lhorreur de la scène
Tes enfants gisent à terre, tes femmes gémissent et pleurent
Toi, le vaillant chef rempli de la sagesse des anciens
Toi, le courageux guerrier qui sortait les esprits de leur torpeur
Toi
Lhomme, sauvage dans cette nature, bien plus quhumain
Ton regard se tourne maintenant vers les nuages
Plus loin que toutes les montagnes de pierre
Plus haut que tous les soleils du paradis et de lenfer
Quelques gouttes de sang accrochées à ton plumage
Déchu de tous tes droits dans lindignité la plus totale
Ils tont pris tes terres, ils tont pris ton peuple, et tont jeté là
Au nom de la conquête, au nom du bien et du mal
Au nom de leur Dieu, au dessus de leurs lois
Forts de leurs savoirs inventés pour les servir
Dune puissance jamais égalée, ils ont inventé lesclavage
Pour se sentir plus libre de se croire les nouveaux sages
Aux confins de lOccident, dans un monde de désirs
Dans un royaume de toc où ils regardent briller
Des statues dor sculptées de ton sang,
Des bijoux qui font briller dun éclat amer leurs enfants
Innocents descendants à qui lon tait les vérités
Mais la terre se souvient, lherbe repousse toujours
Les troupeaux se reforment, le passé ressurgit, un jour,
La mort nest quun passage, la mort ne veut rien dire
On peut tuer linstant présent, limmortalité nexiste pas
Et comme loiseau de feu, qui renaît soudain, ivre de plaisir
De déployer encore et encore ses ailes dargent sur tes pas
La mémoire de ton peuple se dresse devant nous,
La cruauté nous poignarde le cur de mille clous
Et de tes croyances ancestrales jaillit un arc-en-ciel
Qui nous montre du doigt les vilenies qui nous enracinent
Notre passé qui nous rend enfin humbles et nous minent
De ta vie dénaturée aujourdhui, de tes instincts sensuels
Qui te faisait communier avec le monde vivant
Parce que ton monde à toi, contrairement au nôtre, était vivant
Parce que les rivières chantaient et les arbres respiraient
Parce que fils du Ciel et de la Terre, tu te sentais exister
Aujourdhui que reste-t-il de ces guerres infertiles
Qui nont engendré que le mal et la haine, blessant à mort
Attisant le culte de lindifférence et du profit mercantile
Vouant à léchec toutes les tentatives daccord
Aujourdhui il ne reste que le dégoût, et limpuissance
Pour porter sur nos épaules comme un châtiment divin
Les crimes de supériorité perpétrés dans la violence
Pour se souvenir, quil y eut un jour, dans ces plaines, des hommes indiens
.

Cheval fou
Jai connu autrefois un monde merveilleux
La nature indomptable, que lon refusait de dompter
Les nuages enchanteurs, que lon voyait défiler aux cieux
Et le temps incertain, que lon acceptait sans maugréer
Jai connu autrefois un lieu merveilleux
Où lharmonie régnait dans un désordre orchestré par les Dieux,
Des Dieux de toutes sortes que lon savait loyaux
Et qui ne nous asservissaient pas dimpossibles idéaux
Jai connu autrefois un lieu merveilleux
Les montagnes étaient hautes, si hautes
mais jamais infranchissables
Les rivières charriaient dans leur lit notre réserve deau potable
Et soulageaient nos pieds fatigués sur les sentiers rocailleux
Elles étaient parfois profondes ces rivières qui jaillissaient
En torrents sauvages et limpides, dans lesquels on se désaltérait
Elles étaient profondes, si profondes
mais jamais on ne sy noyait
Elles exprimaient leurs murmures fougueux, à nos oreilles qui les écoutaient
Jai connu autrefois un lieu merveilleux
Les oiseaux gazouillaient fièrement parmi les feuilles qui bruissaient
Agitées par mille vents célestes qui nous rafraîchissaient
Comme autant de soupirs divins qui nous rendaient heureux
Jai connu autrefois un lieu merveilleux
Où le soleil réchauffait nos esprits et nos curs
Nous rendant le sens de limmensité de la richesse intérieure
Nous éclairant sur les chemins parfois longs de nos jours heureux
Jai connu autrefois un monde merveilleux
Qui ne demandait rien, sauf notre respect, pour éviter son courroux,
Qui ne demandait rien, à nous, qui donnions tout
Jai connu, autrefois
un monde
merveilleux
Un monde que vous navez pas compris
Un monde à jamais anéanti, détruit
Insensibles aux cris de douleur qui montaient de votre mère la Terre
Quand, sans regret, elle fut massacrée, toute entière
Et nous avec, et nous aussi
et moi aussi
Un homme, cest si petit

Meg
(août 2001)
Megaggloups@aol.com