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Méditation avec les Animaux |
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LE PEUPLE DU FLEUVE
Méditation Les Indiens d'Amérique en général, et les Creeks en particulier, ne considèrent pas la mort comme la fin de la vie mais bien comme le berceau d'où surgissait une nouvelle naissance. Le noir manifeste toutes les couleurs à la fois et les corbeaux incarnent la présence de l'esprit de mort en toutes créatures. Avoir la vision du noir - de la plume de la mort -, c'est voir en songe le passage d'un ennemi de cette vie-ci dans une autre vie. Au corbeau est associée la couleur de la nuit car celle-ci suspend la vie en attendant que perce l'aurore. Corbeaux et corneilles sont intégrés à la cosmologie amérindienne car ce sont tous deux des purificateurs de "l'image négative" de la mort : Ils mangent les charognes. Les Creeks avaient recours à un vomitif de couleur noire connue pour ses vertus purificatrices à l'instar de celle de la plume de corbeau. Le bleu est la couleur du ciel et des eaux qui nourrissent et fécondent la terre - eaux des lacs, des rivières et des pluies. Il témoigne de la présence du pôle féminin, de l'essence de la féminité qui donne la vie, du yin. A l'eau bleue on associe le rituel de l'éveil, de l'homme re-né : le bain dans l'eau bleue est le bain du baptême. Si les Creeks savaient qu'une plume noire sur la tête d'un ennemi l'endormait et le tuait symboliquement, ils n'ignoraient pas qu'une plume bleue ferait revivre l'esprit de celui que la couleur noire avait ensorcelé. Le geai bleu, cousin du corbeau au royaume des ombres, possède quant à lui une autre facette : plein de vie, il porte sur les nerfs de qui ne vit pas pleinement. Le blanc correspond, quant à lui, à l'absence de couleur, au-delà des pouvoirs du bleu et du vert. La grue, qui se tient sur une patte, médite sur le cours du temps et prend la vie comme elle vient. Elle se soumet au cours des choses et les accepte. En elle réside le principe de la patience et la paix intérieure. Couverte d'un manteau neigeux, la grue blanche symbolise la sagesse divine - non la renaissance -, mais bien le nirvana, la paix éternelle.
Méditation De nos jours, nous considérons le hibou comme un mystérieux messager. Les Indiens d'Amérique étaient moins romantiques et moins entichés de mystère. Lorsque le hibou ululait, il fallait se préparer à mourir. Telles étaient la réalité des faits et la vérité sans fard. Les Pueblos du Rio Grande respectaient profondément le hibou, au point qu'ils n'entraient pas dans une maison où l'on avait exposé ses plumes ou son cadavre. On craint le hibou et on le respecte. Si la mort ne doit pas engendrer l'émoi, elle reste empreinte de gravité. Le message de cet texte est le suivant : l'infidélité et la mort ont le même messager. Transgression sexuelle et mort sont donc intimement liées.
Méditation L'homme blanc s'est demandé comment les Indiens savaient que telle plante soignait la fièvre quand telle autre contenait du poison. Comme le révèle ce poème, l'Indien priait la substance bénéfique de sortir de la plante. Il la respectait et la réfléchissait en lui. Telle était sa sagesse. Quant à la fonction de guérison inhérente aux cristaux, elle était déjà connue au Moyen Age. La philosophie animiste des Indiens en faisaient des êtres vivants. Dessinez un cercle. A l'intérieur du cercle se trouve le monde. Le cercle dont parle ce poème est la spirale de l'amour : l'amour de la femme de chair, l'amour de la chair du cerf. On nous montre ici comment utiliser le pouvoir de l'amour pour débusquer le cerf de sa cachette, pour l'obliger à se lever comme une jeune femme nue, éperdue d'amour, "aveuglée". Car l'amour rend aveugle à mort. Le cerf que l'on chasse et la femme que l'on courtise sont l'objet du même désir, noir et profond, qui est pourtant désir de la vie et non de mort. Le cercle de vie perdure en une spirale infinie. "Qu'il ne peut refuser". Comme on ne peut briser la spirale de le vie, on ne peut supprimer le désir nécessaire ou la volonté - dans sa forme pure non charnelle. Car il n'est pas égoïste d'espérer, de rêver, de chasser.
Méditation Un gardien de la parole des Indiens d'Amérique raconta un jour que le peuple du serpent avait fait la guerre à l'homme blanc parce que ce dernier avait pris l'initiative de l'offensive. Le serpent à la tête de cerf qui vit dans l'eau n'est pas "méchant" : son pouvoir, certes, est immense. La différence se situe ici entre le pouvoir et le mal, entre le pouvoir et le bien. Les Navajos voient dans le bien et le mal des qualités ambiguës et mixtes tant il est vrai que l'on peut les utiliser dans un sens négatif ou positif. Tout dépend de l'intention qui sous-tend l'exercice de ce pouvoir. Ainsi la frontière entre bien et mal est ténue. L'homme peut être le bien et le mal ensemble dans certains cas. Le mot qui unifie les dualités est le pouvoir. Le pouvoir se partage, il ne s'accapare pas, il ne s'isole pas. Parce qu'il est composé de nombreuses facettes, c'est une communauté qui doit le détenir ou le refuser, même si certains individus peuvent posséder plus de pouvoir, mais dans ce cas, le mot s'entend au sens de pouvoir sacré. Dans bien des tribus, le serpent figure la dualité. Le serpent à cornes des Creeks possède le pouvoir d'amener un cerf vers la rivière, de le transpercer de son regard et de le noyer. Il se contente ensuite d'engloutir le nez de l'animal. Les chasseurs de la nation creek utilisaient son pouvoir. Bien plus, ses cornes - qui ressemblent à de petits morceaux de cire rouge - étaient partagées entre les hommes. Les Indiens de l'Alabama donnaient au serpent à cornes le nom de Tcinto sakto ou serpent-écrevisse. Les Creeks connaissaient également le serpent cosmique : pourvu d'une tête sans corps, il dormait sur la rosée et pouvait tourbillonner dans l'air telle une trombe. Il réunissait tous les éléments et les pouvoirs de la nature : le bien, le mal, le sacré, la crainte. De la même façon, il unifiait le chasseur et sa victime : sur sa tête se trouve en effet l'attribut du cerf poursuivi par le chasseur. Il reste que sa nature ophidienne lui permet d'hypnotiser ses ennemis. Celui qui désire connaître son pouvoir doit d'abord reconnaître sa nature divine. Or l'homme blanc faisait - et fait encore - la guerre aux serpents. Tandis que les Indiens d'Amérique révéraient le serpent et ne le tuaient pas plus qu'ils ne tuaient un homme sans raison. Lorsqu'un Blanc tue un animal comme le serpent, il est persuadé que son énergie et son esprit meurent avec lui. Or ce dernier perdure, bien vivant jusqu'à ce que le soleil se couche, nous dit la tradition. Le serpent la présence du mal meurent-ils vraiment ? Ce n'est pas l'avis des Indiens qui croient qu'il revient pour se venger de ses assaillants. Le serpent à cornes autorisait par ailleurs les hommes à emprunter son esprit dans un but communautaire pour le bien d'autrui ; celui de la chasse. Yabi Odja possédait les pouvoirs du serpent car il avait pénétré dans la caverne sacrée des prêtres du serpent à cornes où il avait été immergé, retenant longtemps sa respiration sur le dos de la tortue. Quand on libère les serpents, ceux-ci maintiennent l'équilibre qu'ils apportent aux hommes dans la nature, dans leur propre monde.
Méditation Indépendance et joie de vivre, telle est la philosophie du peuple des oiseaux. Ceux-ci se chamaillent et se battent, mais oublient dans l'instant qui suit leur querelle. L'homme voit principalement en l'oiseau sa faculté de voler, sa liberté. Ce poème chante une plus grande liberté encore : celle d'être délivré du travail. Les autres animaux travaillent-ils ? C'est bien le cas du castor, grand artisan devant l'Eternel, comme du loup toujours sur le sentier de la guerre. Et, lorsque le faucon se met à l'ouvrage, c'est avec une telle aisance que nous ne voyons même plus qu'il travaille, persuadés qu'il ne s'agit là que d'une sorte de concentration toute céleste. Le peuple des oiseaux bénéficie de deux atouts en même temps : l'indépendance et l'entraide. Il est délivré des rituels sans fin. Ils vivent en toute liberté, sans chercher à imposer leur liberté à quiconque. Chickasaw est un chant d'oiseau. C'est un nom qui siffle lorsqu'on le prononce. L'appartenance à un clan est une assurance à maints égards : elle garantit d'abord en quelque sorte une identification spirituelle. Les représentants du Clan de l'Oiseau des Chickasaws, ne se contentaient pas de veiller sur l'honneur des leurs, mais se chargeaient de celui de toutes les bêtes à plumes. Dans les danses de ses rituels, dans sa façon de se vêtir, dans son comportement, dans ses coutumes, l'homme oiseau incarnait l'esprit de la nature de l'oiseau. Chaque individu considérait que son honneur est aussi celui de l'autre. Ce n'est que dans un lien très étroit que l'homme et la créature transcendent la notion même de la dualité. Dans le clan des Chickasaws, les oiseaux protègent les hommes et les hommes protègent les oiseaux. NICOLE |
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