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Légendes (3) |
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Voici la
préface écrite par James Welch. Au
commencement fut créée la Terre. Puis elle fut recouverte de terre et
d'eau. Les montagnes, l'herbe et les
arbres furent créés. Les animaux, les oiseaux, les poissons et les insectes
furent crées pour peupler ce vaste monde vide. Finalement l'homme et la femme
furent créés pour vivre en harmonie avec tout ce qui avait été créé avant
eux. Beaucoup
de contes des Indiens d'Amérique concernent
la création ou l'origine
des choses : comment certains animaux sont apparus, comment les montagnes ont
été formées, comment l'humanité a été créée (et dans quel but). Généralement,
ces histoires étaient sacrées et habituellement c'était un conteur qui les
disait dans des conditions particulières. Par exemple, beaucoup de récits ne
pouvaient se faire que les soirs d'hiver, d'autres étaient associés à certaines
cérémonies ou rituels et on ne pouvait donc les conter qu'à ces
occasions-là. Bien sûr ces
restrictions variaient d'une tribu à l'autre, mais tous considéraient que
certaines histoires étaient trop sacrées pour être dites autrement que selon la
tradition. Quand on
ouvrait un sac-médecine et qu'un homme saint en sortait les objets (des peaux
d'oiseaux, une peau de serpent à sonnette, des os de queue de bison), alors il
racontait comment chacun d'eux était apparu et l'importance qu'ils avaient pour
les gens. Il ne racontait ces histoires que lorsqu'on les associait à une
cérémonie de sac-médecine. Cependant
d'autres histoires pouvaient être dites à n'importe quel moment, de jour comme
de nuit, dans un village permanent ou dans un camp pour la chasse. Il n'était
pas rare de voir un vieil homme ou une vieille femme à l'ombre d'un cotonnier,
entouré par des enfants, en train de leur expliquer pourquoi le coyote a un long
nez et pourquoi les coussinets de ses pattes sont noirs. Alors que ces contes
étaient très divertissants pour les jeunes, on les leur racontait dans un but
bien précis. Il arrivait que dans une histoire, le coyote soit cruel, vaniteux
dans une autre ou que dans une troisième il n'écoutât pas les remontrances
d'une divinité. A chaque fois qu'il se comportait ainsi, le coyote était puni.
Quand il faisait une bonne action, comme sauver un oiseau tombé dans un lac, il
était récompensé. On racontait donc ces histoires aux enfants pour leurs
instiller les valeurs morales. Ne sois pas cruel, ne sois pas vaniteux sinon de
mauvaises choses t’arriveront. Aide ton prochain, que ce soit un animal ou un
humain et tu seras récompensé. Les
histoires demeurent importantes pour les Indiens. Ce sont exactement les mêmes
qui sont racontées aujourd'hui, peut-être sous un cotonnier au bord d'un
ruisseau, ou dans une cabane aux murs recouverts de goudron sur une réserve ou
encore dans une salle de réunion tribale. Le lieu n'est pas important. Ce qui
importe c'est que les histoires continuent à être racontées. La continuité de la
culture tribale est cruciale si la culture doit survivre. Les contes sont l'un
des moyens d'assurer cette continuité. Un jour,
mon arrière-grand-mère a raconté comment Napi (le Vieil Homme) a créé les
Blackfeet en prenant de la boue sur une berge, puis il leur a insufflé la vie.
Quand ils se sont levés et regardés et qu'ils ont marché tout autour d'eux ils
se sont inquiétés de savoir s'ils étaient mortels. Une femme a dit : "Qu'en est-il ? Vivrons-nous éternellement ? N'y
aura-t-il jamais de fin ?" Après y avoir réfléchi un moment, Napi a ramassé une
bouse de bison et a dit : "Je vais la lancer dans la rivière, si elle flotte,
quand les gens mourront, ils ressusciteront au bout de quatre jours, ils ne
mourront donc que quatre jours. Mais si elle coule, ils auront une fin." Napi
jeta la bouse de bison dans la rivière et elle flotta. Mais la femme ramassa une
pierre et dit : "Non, je vais jeter cette pierre dans la rivière, si elle flotte
nous vivrons éternellement, si elle coule les gens devront mourir, ainsi
auront-ils pitié les uns des autres". La femme jeta la pierre dans la rivière,
elle disparut. "Voilà, dit Napi, vous avez choisi. Les hommes auront une
fin". Ainsi les
gens vont et viennent, ils vivent et ils meurent. Ce qui continue ce sont les
histoires qu'ils racontent, des histoires comme Iktomi et la Buse, le Premier
Homme et la Femme Bison. Ces contes et tous les autres de cette belle collection
sont très significatifs pour les Indiens. Peut-être que le lecteur les fera
passer, par une nuit noire au coeur de l'hiver, peut-être. Les contes
réchauffent les maisons et vivent éternellement.
La
Légende du Dream Catcher
Il y a bien longtemps le monde était à ses débuts et le vieux chef
spirituel des Lakotas était sur une haute montagne où il eut une vision. Dans cette vision, Iktomi lui apparut sous la forme d'une araignée. Il
parlait dans une langue sacrée que seuls les chefs spirituels pouvaient
comprendre. En parlant, Iktomi prit la baguette de l'ancêtre, puis du crin de
cheval, des perles et des offrandes et commença à tisser une toile
d'araignée. Il parla à l'ancêtre des Lakotas des cycles de la vie et comment nous
commençons nos vies comme enfants eu bas-âge, puis comme enfants qui vont
devenir adultes et finalement nous devenons vieux et on doit s'occuper de nous
comme des enfants et le cycle est fermé. Mais, dit Iktomi en continuant à filer sa toile, dans chaque époque de la
vie il y a des forces, certaines bonnes et d'autres mauvaises. Si vous écoutez
les forces du bien elles vous dirigeront dans la bonne direction, mais si vous
écoutez celles du mal, elles vous blesseront et vous dirigeront dans la mauvaise
direction. Il continua "Il existe beaucoup de forces et de directions différentes
qui peuvent aider ou contrarier l'harmonie de la nature ainsi que les
enseignements du grand esprit." Tout en parlant, l'araignée continuait à tisser
sa toile en partant de l'extérieur vers l'intérieur. Lorsqu'il eut fini, Iktomi,
donna à l'ancêtre des Lakotas la toile d'araignée et lui dit : "Regarde cette
toile, c'est un cercle parfait mais il y a un trou au centre. Si tu utilises
cette toile pour aider ton peuple et faire bon usage des rêves et des visions,
alors la toile attrapera vos bonnes idées et les mauvaises s'échapperont par le
trou." L'ancêtre donna sa vision à son peuple et maintenant les Sioux utilisent
le capteur de rêves comme toile de leur vie. Il est suspendu chez eux au dessus
de leur lit pour soutenir leurs rêves et leurs visions et leur permettre
d'accomplir leur destinée.
La légende de la Femme-bison blanc
Il advint
que deux jeunes hommes avaient été envoyés par le conseil des Sans Arcs en
éclaireurs pour trouver le bison. Ils eurent l'apparition d'une femme d'une
beauté exceptionnelle habillée d'atours magnifiques. Elle portait sur son dos un
fagot. Elle était si pale et en même tant si rayonnante, son visage était d'une
telle perfection, que les deux hommes en furent éblouis.
Comme ils
la regardaient, elle leur parla en ces termes : "J'appartiens au peuple du
bison. J'ai été envoyée sur cette terre pour m'entretenir avec votre peuple.
Vous devez maintenant remplir un devoir important qui est d'adresser un message
essentiel aux vôtres. Rendez-vous auprès de votre chef et dites-lui d'ériger le tipi du conseil
au centre du campement. Placez la porte de celui-ci, de même que l'entrée du village, face à l'est.
Dispersez des feuilles de sauge à la place d'honneur. Derrière le foyer,
ramollissez la terre et donnez-lui la forme d'un carré à l'arrière duquel vous
poserez un crâne de bison. A l'arrière de celui-ci, édifiez un petit râtelier.
J'ai des choses de la plus grande importance à dire a votre peuple et me rendrai
dans votre village à la pointe du jour." Pendant
qu'elle parlait, l'un des deux hommes tomba sous le charme et la désira à tel
point que, lorsqu'elle eut fini, au grand dam de son compagnon il tenta de la
séduire. Dans l'instant on entendit
un coup de tonnerre et ils furent enveloppés d'un nuage. Au fur et à mesure que
celui-ci se dissipait l'éclaireur qui restait vit la superbe jeune femme qui se
tenait debout, impassible, alors qu'à ses pieds gisait un squelette. Elle
l'enjoignit alors de retourner à son village et de porter son message à son
peuple. Dès que
l'éclaireur arriva au camp, il raconta à son chef "Buffalo Who Walks standing
upright", c'est à dire le "Bison qui marche debout sur les jambes arrières", ce
qu'il avait vu et lui transmit le message comme elle le lui avait ordonné. Le
peuple, très ému par la perte de
l'éclaireur, était très excité à l'idée de cette mystérieuse visite. On fit
savoir qu'il fallait préparer cette
visite selon des modalités particulières et tout fut fait comme Wohpe l'avait
demandé. On désigna des jeunes hommes vertueux pour l'escorter jusqu'au tipi.
Dès la tombée du jour, un grand nombre de personnes s'étaient déjà rassemblées
autour du tipi du conseil pour attendre son arrivée. Au moment
où le soleil se levait à l'est, la jeune femme apparut. Ces atours étaient les
mêmes que lors de son apparition aux éclaireurs mais, au lieu d'un fagot, elle
tenait dans sa main droite un tuyau de pipe et dans la gauche le fourneau qui
était de couleur rouge. Elle s'avança lentement et se dirigea vers le tipi du
conseil. Elle y entra avec une certaine majesté, et faisant le tour par la
gauche, elle s'assit à la place d'honneur. C'est alors que le chef lui
souhaita la bienvenue. Il dit à
son peuple combien celui-ci avait de la chance que Wakan Tanka lui ait envoyé cette femme si belle qu'ils accueillaient en
soeur. Il s'adressa alors à elle et
lui dit que ses frères et soeurs étaient prêts à entendre son message. Wohpe se
leva, et tout en tenant la pipe, s'adressa à l'assemblée. Elle lui dit combien
Wakan Tanka était satisfait des Sioux et combien elle était fière en tant que représentante du
peuple des bisons d'être leur soeur. Elle dit encore que c'est parce qu'ils
avaient été loyaux et respectueux, qu'ils avaient fait triompher le bien du mal
et respecté l'harmonie contre la discorde que les Sioux avaient été choisis pour
recevoir la pipe au nom de toute l'humanité. Celle-ci serait le symbole de la
paix et devrait être utilisée comme tel entre les hommes et les nations. Fumer la pipe signifiait créer un lien de
confiance et permettrait au chaman d'entrer en communion avec Wakan Tanka. Elle
se tourna ensuite vers les femmes
auxquelles elle s'adressa comme à des soeurs. Elle leur dit qu'elles étaient
destinées à porter le poids de grandes difficultés et de nombreuses peines mais
que leur grande bonté les Elle
s'adressa ensuite aux enfants comme à ses petits frères et petites soeurs. Elle
les invita à respecter leurs parents car ceux-ci avaient fait bien des
sacrifices pour qu'il ne leur arrive que du bien. Aux
hommes, elle parla comme si elle était leur soeur. Elle leur dit que toutes choses dont ils dépendaient
venaient de la terre, du ciel et des quatre vents. La pipe qu'elle tenait devait
servir à offrir sacrifices et prières à Wakan Tanka pour le remercier des
bienfaits de cette vie. Il ne fallait pas négliger de le faire chaque jour. Elle
dit encore qu'ils devaient être bons et aimants pour leurs femmes et leurs
enfants car ceux-ci étaient des êtres fragiles. Pour finir, elle s'adressa au chef
auquel elle expliqua comment se servir de la pipe et comment en prendre soin. Du fait de sa position, il était de son
devoir de la protéger et de la respecter, la nation vivait en effet au travers de
ce calumet. C'était un instrument sacré permettant de protéger le peuple pendant
les temps de guerre, de famine, d'épidémie ou d'autres calamités. Elle enseigna à Buffalo Who Walks standing
upright ce qu'il fallait savoir pour
n'utiliser la pipe qu'à juste titre avant de lui faire la promesse qu'au moment
opportun les Sioux auraient la révélation de Sept cérémonies sacrées auxquelles
il faudrait se plier : "La purification", "La quête de la vision", "La danse
face au soleil", "Le lancer de la balle", "Devenir une femme bison", "Devenir
parent" et "La possession du fantôme". Elle resta
quatre jours. Avant de les quitter, elle dit au chef combien Wakan Tanka était
satisfait de son accueil et combien elle était heureuse d'être sa soeur. C'est
alors qu'elle prit de la bouse de bison pour allumer le calumet et qu'elle l'offrit au ciel, à la terre
puis aux quatre vents avant d'en tirer une bouffée et de la tendre au chef de la
nation. Quand celui-ci eut également tiré une bouffée elle annonça que sa
mission venait de prendre fin. Sur ces entre faits elle déposa la pipe contre le
râtelier et quitta le tipi sans escorte. En sortant du tipi elle fit le tour de celui-ci par la gauche en marchant lentement. Elle quitta le village et tandis que chacun regardait sa silhouette diminuer lentement, elle se transforma aux yeux de tous en un veau blanc. C'est ainsi que Wohpe, la fille du soleil et de la lune, s'en est retournée sur la terre pour enseigner l'Humanité. On la connaissait sous le nom de "la Belle". Quant aux chamans, ils l'appelaient Wohpe. |