Danse avec les Loups
Le film aux 7 Oscars



    " Le film décrit un chapitre de l'histoire américaine que tout le monde connaît mais qu'on refuse d'appeler un génocide. On a exterminé les Indiens et détruit leur culture pour posséder leur terre. Aujourd'hui, on se rend compte que cette terre, leur terre ne nous était pas indispensable, dont on n'a finalement rien fait. Je ne me pose pas en défenseur des Indiens, mais, économiquement, c'était un trop grand risque de faire un film sur eux et de ne pas le faire le mieux possible. "

    " Je n'ai pas cherché, en faisant "Danse avec les loups", à manipuler vos sentiments, à réinventer le passé ou à régler mes comptes avec l'Histoire. J'ai simplement voulu regarder, de façon romantique, une période épouvantable de l'histoire de mon pays, quand l'expansion à tout prix, au nom du progrès, nous apporta finalement très peu, mais nous coûta beaucoup."

Ce film est ma lettre d'amour au passé.



" J'ai tenu à replacer les Indiens dans un environnement qui soit authentique, à ce que les costumes, leurs moeurs, leur langue soient authentiques, à ce que leur dialogue, à ce que les situations qu'ils traversent, nous aident à les comprendre, à entrer dans leur monde, résuma Kevin Costner. Je crois que c'est la moindre des choses qu'un metteur en scène puisse faire lorsqu'il veut dépeindre un univers qui n'est pas le sien : tenter d'agir le plus honnêtement possible. Et j'espère que tous nos efforts pour recréer cette authenticité permettront de montrer un aspect de l'héritage de ces tribus que nous avons trop longtemps ignoré : le sens de l'honneur. "



Le choix des acteurs


Le personnage de "Dressée avec le poing" fut offert à Mary Mc Donnell qui avait beaucoup travaillé au théâtre." Pour ce rôle, je ne voulais pas une jeune fille. Je voulais une femme qui soit expressive, qui ait des rides sur son visage, qui ait vécu des choses. Mary Mc Donnell fut une présence très importante sur le plateau, chacun sentait qu'être comédienne fait partie intégrante de sa vie, et elle a servi d'inspiratrice à tous les autres acteurs, professionnels ou amateurs."

En ce qui concerne les Indiens, Kevin n'en démordit pas : les personnages d'Indiens seraient joués par des Indiens. L'une des découvertes fondamentales de Kevin qui apporta un plus magistral au film fut l'acteur Graham Green de la tribu Oneida, qui descend des Iroquois. Graham Green est né dans la réserve Six Nations au Canada et possédait déjà une certaine expérience cinématographique.
" C'est un comédien dans l'âme, il a beaucoup donné de lui-même dans ce film. Je l'ai davantage choisi pour ses qualités d'acteur que pour son physique d'Indien. J'aime beaucoup son jeu, très retenu. Il colle parfaitement avec l'image que je me faisais de son personnage. "

Le rôle de Cheveux au Vent revint à Rodney Grant, acteur originaire de Winnebago ( Nebraska ) qui grandit dans la réserve Omaha Tribal. "Un guerrier tel que Cheveux au vent est l'esprit, la colonne vertébrale de la communauté remarqua Rodney Grant . Il a gagné le respect de tous  parce qu'il fait toujours preuve de courage et qu'il défend son peuple avec honnêteté et intégrité. "

Enfin Kevin engagea Floyd Red Crow Westerman , chanteur country- folk et acteur, connu pour être le leader du North American Indian Movement. Pour terminer, Kevin fit appel à pas moins de 150 Indiens venant de diverses tribus mais n'ayant aucune expérience de la caméra. De plus, les 250 Indiens vivant dans les réserves du Dakota du Sud furent engagés comme figurants.

Outre les Amérindiens, Kevin était responsable de 130  membres de l'équipe de tournage ainsi que 500 figurants, 3500 bisons, 300 chevaux, 42 chariots bâchés et plusieurs entrepôts remplis d'accessoires.





Les Lieux de Tournages

Kevin Costner voulait filmer l'Amérique des années 1860. Il lui fallait donc des contrées sauvages, des prairies s'étendant à perte de vue, entourées de rivières et de montagnes aux cimes enneigées, le tout à une distance raisonnable d'une ville qui soit capable d'héberger une équipe de plus de 200 personnes. Et surtout, il fallait des bisons, plein de bisons. Or, le plus important troupeau de bisons se trouve dans le Dakota du Sud, dans un ranch appartenant à un ancien gouverneur de cet État: Roy Houk . Un troupeau de 3500 bêtes. Personne ne pouvait proposer autant. Impossible de déplacer ce bétail sur des centaines de kilomètres. Donc, si les bisons ne pouvaient  venir aux caméras, les caméras viendraient à eux . Kevin fut bien obligé d'aller tourner au Dakota du Sud et non en Oklahoma ou au Texas. C'est donc la région de Rapid City, délimitée par les montagnes Black Hills qui fut choisie."



Les Décors



Toujours soucieux de l'authenticité, Kevin exigea de fidèles répliques de villages indiens . Pas question de transformer tout cela à la sauce hollywoodienne. Une poignée de techniciens triés sur le volet, menée par Jeff Beecroft, partit dans les réserves indiennes afin de rassembler le maximum d'informations.

" Kevin Costner tenait à reconstituer une réalité qui n'avait jamais été montrée de façon authentique sur un écran, remarque Beecroft. Il voulait recréer l'Ouest sauvage, immaculé et infini, tel que le voit le lieutenant Dunbar quand il arrive à la frontière. Nous avons donc, divisé le scénario en plusieurs moments émotionnellement forts car dans ces moments-là, son personnage voyait les choses d'un oeil différent. Par exemple, pour les scènes qui se déroulent à l'intérieur de Fort Segdewick, qui est totalement isolé, perdu au milieu de nulle part, il voulait rendre une impression de claustrophobie. Alors, dans ce décor immense, nous avons construit une petite bâtisse, si petite qu'il devait vraiment s 'incliner pour pouvoir y entrer. "


Les Costumes

Les costumes représentent 200 modèles différents. 625 peaux de daim furent utilisées à la fabrication des chaussures, des bijoux et des accessoires liés aux costumes traditionnels des Sioux. La styliste Elsa Zamparelli se fit aider par une femme originaire du Dakota du Sud, spécialisée dans la culture des Indiens du XIXe siècle.
" Les costumes que nous avons créés sont fidèles à la tradition et fabriqués à la manière d'autrefois, avec les mêmes perles, les mêmes peaux de daim qui étaient utilisées il y a 100 ans. Cela nous a donné beaucoup de travail. Tous les acteurs amérindiens portent leurs propres plumes d'aigle, et ce pour une excellente raison: nous n'avons pas le droit d'utiliser ces plumes parce que les aigles sont en voie de disparition. Cependant, il est légal pour les Amérindiens d'en posséder. Dans bien des cas, elles sont transmises de génération en génération. "
Pour son propre personnage du lieutenant Dunbar, Kevin suggéra de porter durant tout le film son pantalon et ses bottes militaires afin que cette idée de mélange entre les deux cultures fassent partie intégrante de son personnage.



La Langue: Le Lakota

Un des éléments essentiels du film était le Lakota, la langue des Indiens. Kevin tenait absolument à ce que les Indiens du film parlent le Lakota, sous-titré dans le film et non un américain ridicule.
Kevin contacta Doris Leader Charge, une femme qui enseigne la culture et la langue Lakota au collège Sinte Gleska, petite communauté située dans la réserve Rosebud. Kevin lui expliqua son point de vue et Doris accepta de l'aider dans sa gigantesque tâche.

Arrivée sur le plateau, Doris constata que les Indiens travaillant sur le film provenaient de différentes tribus et que bien peu parlaient la Lakota. C'est pourquoi, durant trois semaines, des cours de Lakota furent organisés pour la totalité des acteurs, à commencer par Kevin lui-même et par Mary Mc Donnell qui n'avaient aucune notion de la langue.
" Cela a permis à tout le monde de se familiariser avec la langue mais aussi de perfectionner son entraînement pour monter à cheval, tirer à l'arc, etc. Au début, les Indiens n'apprenaient pas bien leurs dialogues, alors je leur ai dit : "Ce film parle de vous. S'il est mauvais, c'est vous qu'il mettra dans l'embarras, bien plus que moi." "
Doris fut aidée par un autre professeur, Albert White Hat. Ce dernier fit également office de conseiller indien sur toute la durée du tournage. Président du Département d'études Lakota au Sinte Gleska College, White Hat connaissait son sujet sur le bout des ongles.

Afin de gagner du temps, Doris traduisit les dialogues prévus par Michael Blake en Lakota puis les simplifia de manière à utiliser le moins de mots possibles. Une fois, ce travail effectué, elle enregistra son texte sur des cassettes qu'elle envoya à chacun des acteurs afin qu'ils puissent s'entraîner chez eux.
En remerciement de cet étonnant et précieux soutien, Kevin Costner offrit le rôle de Joli Bouclier à Doris Leader Charge: " Au début,  j'avais peur de jouer dans ce film, mais ça s'est avéré une bonne expérience. Le film nous montre tels que nous sommes réellement. Pour une fois, ils ont réussi à ne pas déformer la réalité. "


Le Tournage






Les Animaux

Les animaux occupent une place importante dans le film.


Dunbar entretient avec un loup des rapports similaires à ceux qu'il a avec les Indiens.

- Oui. Disons que Cisco ( le cheval) est comme Oiseau Bondissant, c'est l'ami immédiat. Dès que Dunbar saute sur le dos de Cisco, celui-ci l'accepte immédiatement. Et, quand il aperçoit Oiseau Bondissant pour la première fois, il écrit dans son journal qu'il lui plaît beaucoup et qu'il semble bienveillant. En revanche, Chaussettes (le loup) est comme Cheveux au Vent : c'est l'ami réticent. Le loup n'accepte aucune nourriture de sa main pendant longtemps, et Cheveux au Vent restera en retrait beaucoup plus longtemps que les autres Indiens. Ce sont des rapports très parallèles.



Le loup n'est pas un animal docile. C'est pourquoi on eut l'idée d'utiliser un chien huskies dont la morphologie est sensiblement identique à celle du loup. Mais l'authenticité n'y trouvait plus son compte.
" Ils ont beau avoir l'air de loups, ces chiens ne se déplacent pas comme ces derniers. Les loups ont une façon très particulière de marcher sur leurs longues pattes minces. Leurs bonds sont facilement reconnaissables. "

Chaussettes le loup du film est incarné par deux loups gris: Buck et Teddy. La raison pour laquelle , il fallait deux loups était que Buck excellait dans les poses immobiles, donnant une impression de profonde réflexion, alors que Teddy n'avait pas son pareil pour marcher et trotter d'un endroit à l'autre.
Il fallut procéder lentement pour ne pas effrayer l'animal. Il fallut aussi recommencer inlassablement certaines scènes car le loup ne répondait pas aux indications. Il a fallu enfin lui apprendre à hurler car habitué à vivre au milieu des hommes, il n'avait jamais poussé un hurlement de sa vie!
Les deux bêtes étant dangereuses et ayant un comportement imprévisible, les scènes étaient tournées par une équipe réduite sur un plateau fermé où il n'y avait aucun enfant. La seule protection de Kevin durant les douze jours de tournage consistait en un fil métallique très fin que les animaux avaient appris à ne pas traverser.

" Il était dangereux, je ne pouvais le toucher que quand son dresseur le tenait bien et qu'il ne me regardait pas. Il m'aurait mordu s'il avait pu. Il adorait particulièrement les enfants qu'il surveillait d'un regard fuyant et fourbe, on le sentait prêt à se glisser dans leur direction. Mes trois enfants de six, quatre et deux ans ont tourné dans le film et quand ils étaient sur le plateau, il fallait le surveiller avec attention.
Je dois dire que le loup et moi n'étions pas amis du tout. "

Quelques Scènes particulières



LA CHARGE DES BISONS

La grande scène de la chasse aux bisons nécessita un hélicoptère, dix camions, vingt-quatre Indiens montant des chevaux sans selle,  cent cinquante extra, vingt cow-boys de rodéo entourant le troupeau de trois mille cinq cents bêtes, ainsi que vingt-cinq bisons animés ( figurant les animaux blessés ou tombants) et sept caméras. Il fallut également employer un bison domestique ( appartenant au chanteur Neil Youn ) pour les scènes en gros plan, et huit jours de tournage pour mettre la scène en boîte.

" Pour la scène finale, où le bison meurt, terrassé de justesse aux pieds d'un jeune Indien, raconte Kevin Costner, le bison est monté sur roulettes, on tire sur une corde, il glisse et tombe.

Ensuite, on utilise un grand angle pour filmer un plus gros bison manipulé par un système hydraulique avec de l'air à l'intérieur. Si on regarde attentivement, on voit qu'il respire de façon mécanique, un peu  comme un accordéon. Dunbar arrive à toute vitesse en hurlant au garçon : " ça va ? " et le bison lève la tête. Dunbar tire deux coups de fusil : pan! pan! et la jambe du bison se lève avant qu'il ne s'écroule définitivement. " Pour le plan où le bison fonce vers la caméra, on a utilisé un bison domestique totalement paniqué par la horde de bisons sauvages. Comme un chien, il court vers la caméra pour se réfugier auprès des gens qui lui tendent des biscuits!

Pour les plans larges, on a utilisé un troupeau élevé dans un ranch énorme du Sud Dakota.
Pour les faire courir, on les poursuivait avec les cow-boys. Ils sont imprévisibles parce qu'ils courent plus vite que les chevaux quand ils veulent, et ils ont beaucoup plus d'endurance. Ils ont à peu près cinq vitesses qui varient du pas au trop, puis au galop, jusqu'à atteindre 50 Km à l'heure. Pour montrer leur vélocité, on a mis le focus sur un bison qui passe à toute allure devant la caméra: on sent mieux en filmant un bison seul que la horde tout entière.

Pour toutes les scènes en plan large, nous sommes doublés par des cascadeurs mais, pour les plans rapprochés, je suis le seul à avoir participé à la poursuite. C'était très dangereux, et je ne voulais pas que les autres acteurs prennent des risques inutiles. Je suis tombé deux fois et je me suis fait très mal au dos. "

LES CASCADES

"Kevin Costner insista pour exécuter ses propres cascades durant la chasse, galopant avec les autochtones et lâchant les rênes pour tirer avec son fusil. Mais il y eut un moment terrifiant où il passa bien près de la mort lorsqu'un autre cheval, soudain incontrôlable, modifia sa course et fonça dans sa monture, le désarçonnant. Il se retrouva par terre, des milliers de sabots de bisons martelant le sol autour de lui dans un bruit de tonnerre. " Heureusement, Norman Howell, mon coordinateur de cascades a immédiatement surgi à mes côtés. Il m'a regardé, puis a décidé de me donner son cheval, afin que je puisse reprendre ma place dans la chasse. "








" Danse avec les loups, je suis Cheveux au Vent
Vois-tu que je suis ton ami
Vois-tu que tu seras toujours mon ami."


Treize ans plus tard, leurs foyers détruits, les bisons disparus, la dernière bande de Sioux se soumit à l'autorité des Blancs à Fort Robinson, dans le Nebraska. Ainsi disparut la grande culture des cavaliers de la plaine. Bientôt la frontière américaine appartiendrait à l'histoire.

Kevin Costner



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