Chefs Indiens ( suite )


Blue Jacket (Shawnee)
(Veste-Bleue)

Blue Jacket, chef Shawnee, fait appel à Tecumseh pour combattre le général Wayne.

A l'automne 1793, Wayne quitte Cincinnati avec 8 000 hommes (des fantassins et des cavaliers recrutés au Kentucky), franchit l'Ohio et marche droit au nord, étroitement surveillé par les éclaireurs de Tecumseh.

A 130 km de Cincinnati, Wayne se fortifie dans un site qu'il baptise Greenville et où il passe l'hiver.

Au printemps, il reprend sa route en direction de Fort Miami. A quelques kilomètres en avant du fort, sur la rive gauche de la rivière Maumee dans un lieu connu depuis sous le nom de Fallen Timbers (Arbres Abattus), des arbres déracinés par une tornade et un enchevêtrement de jeunes pousses forment un sous-bois presque impénétrable ; c'est là que Blue Jacket, accompagné de 1 400 guerriers indiens, a décidé de tendre une embuscade à Wayne.

Dans la bataille acharnée qui s'ensuit, le 20 août 1794, les Indiens sont vaincus. Les survivants se replient vers Fort Miami, mais trouvent portes closes, car leurs amis anglais ne veulent pas prendre le risque de déclencher une guerre contre les Etats-Unis !

Wayne détruit tous les villages indiens qu'il peut trouver, puis construit Fort Wayne (Indiana) et revient passer l'hiver à Greenville.

Au printemps suivant, il y convoque les Indiens de la région à un conseil, et les douze chefs de tribu présents se voient imposer un traité par lequel ils sont contraints de céder le sud-est de l'Indiana et la quasi-totalité de l'Ohio.


Cut Nose (Nez-Coupé) (Arapahoes)

En 1849, Fort Laramie ( nommé d'après un coureur des bois français ou canadien français : La Ramée ), un ancien poste de traite pour fourrures, a été racheté, fortifié et occupé par l'armée.

Deux ans plus tard, un grand conseil de toutes les tribus de la moitié nord des Grandes Plaines se tient à deux pas de là, dans la vallée d'un torrent nommé Horse Creek. Une forêt de tipis abrite les huit à douze mille Indiens qui ont répondu à l'appel. Il y a là des Sioux, alors au sommet de leur gloire, Washakie et ses Shoshones, des Crows venus de la haute vallée de la rivière Yellowstone, des Cheyennes et des Arapahoes venus du centre des Grandes Plaines.

Beaucoup d'entre eux ne se sont rencontrés que pour se faire la guerre. Des promesses sont échangées, mais Cut Nose, un des chefs des Arapahoes, fait preuve d'un optimisme exagéré lorsqu'il déclare :

" Je rentre chez moi satisfait. Je vais pouvoir dormir profondément, sans avoir à surveiller mon cheval toute la nuit, sans craindre pour mes femmes et mes enfants. Nous voulons continuer à vivre dans ces collines et au bord de ces ruisseaux, et je serais très heureux si les Blancs se trouvaient un territoire bien à eux et ne songeaient plus à nous prendre le nôtre." ( le meilleur récit de ce conseil se trouve dans Virginia Cole Trenholm et Maurice Carley, The Shoshonis )


Earl Old Person (Blackfeet)

Plusieurs années après l'abandon de la politique de termination, les Indiens se souviendront encore de la peur qui a été leur fidèle compagne tout au long des années 1950. En 1966, Earl Old Person, président du conseil tribal des Blackfeet, expliquera au nouveau commissaire aux Affaires indiennes (Robert L. Bennet, nommé à ce poste par le président Lyndon B. Johnson, au lendemain de sa réélection) :

"Dans notre langue nous traduisons termination par "anéantir" ou "exterminer"... Nous sursautions chaque fois que nous entendions prononcer ce mot... Comment pouvions-nous penser à l'avenir alors que le Bureau indien menaçait de nous éliminer ? Difficile de préparer tranquillement votre repas alors que quelqu'un rôde autour de votre tipi en essayant d'y mettre le feu"

Au cours de la session parlementaire de 1954, le Congrès vote six lois de termination.

- La première concerne plusieurs petites bandes dispersées dans l'ouest de l'Oregon.

- La seconde concerne la réserve des Alabamas et des Coushattas, replacée sous l'autorité de l'Etat du Texas.

- La troisième loi concerne les Utes de la réserve de Uintah et Ouray, et prévoit que les métis ne seront plus considérés comme des Indiens à compter de 1961.

- La quatrième loi concerne d'autres Indiens de l'Utah, deux centaines de Païutes environ, analphabètes et misérables, divisés en quatre bandes.

- les deux dernières concernent deux riches tribus, propriétaites de forêts de grande valeur : les Menominees du Wisconsin et les Klamaths de l'Oregon.


Cet ensemble de lois de termination a été voté en 1954 par le quatre-vingt-troisième Congrès des Etats-Unis, à majorité républicaine. Cette même année 1954, les élections législatives font entrer au Congrès une majorité démocrate plus favorable aux Indiens. Mais Glenn L. Emmons demeure commissaire aux Affaires indiennes et va continuer, six ans durant, à conduire une désastreuse politique de liquidation, n'épargnant que les Indiens du Sud-Ouest.



Garry Spogan (Spokane)
Pelly Kootenai (Spokane)

En 1825, sir George Simpson, administrateur de la Compagnie de la baie d'Hudson, a rencontré les chefs Indiens Spokanes, Flatheads et Kootenais pour parler affaires et, à sa grande surprise, ceux-ci lui ont demandé de leur envoyer quelqu'un qui puisse leur enseigner la religion et les façons de faire des hommes blancs.

Simpson n'était pas en mesure de répondre favorablement à la requête des Indiens, mais il demanda à Alexander Ross (un trafiquant de la vallée du fleuve Columbia) - professeur à la Rivière Rouge - d'emmener avec lui, comme élèves, les deux jeunes fils (âgés de onze ans) de deux des chefs et les mit en pension à l'école de la mission anglicane de la colonie de la Rivière Rouge (Manitoba, Canada).

Baptisés Spogan Garry et Kootenai Pelly, du nom de deux dirigeants de la Compagnie de la baie d'Hudson, ils reviendront chez eux, en 1829, pour recruter de nouveaux élèves.

Pelly et les nouvelles recrues décèderont à la Rivière Rouge.

Après 1830, Garry Spogan rejoindra sa tribu et continuera de prêcher parmi les siens qui ne se lasseront pas de l'écouter lire la Bible, et lui construiront une école où il enseignera la nouvelle "médecine", avant de mourir, quelques années plus tard, victime de l'alcoolisme.


Henry Roe Cloud (Winnebago)

Alors que durant quarante ans les tribus avaient été liquidées les unes après les autres et que des milliers et des milliers d'Indiens avaient été contraints de s'adapter, vaille que vaille, au mode de vie et à la culture de l'homme blanc, les rapports officiels ne parlaient que de progrès.

En 1927, le rapport de la Brookings Institution parle, lui, de conditions de vie déplorables, de misère, de maladie, d'inadéquation sociale et économique, de souffrances et de mécontentement, et la politique du lotissement est désignée comme la cause principale de tous ces maux.

En effet, une équipe d'enquêteurs particulièrement compétente va consacrer sept mois à visiter les réserves, les villages, les agences des Affaires indiennes, les hôpitaux et les écoles, sous la direction de Lewis Meriam. Son rapport de 872 pages, publié en 1928, est bouleversant et révélateur.

"Les responsables de cette politique n'ont pas bien réalisé l'importance de l'ancien système de propriété collective" conclut le rapport.

L'équipe des enquêteurs constate que responsables et employés des agences des Affaires indiennes sont entièrement absorbés par les questions de propriété foncière et de succession, et qu'ils sont donc contraints de négliger le travail sur le terrain et la formation professionnelle.

Les enquêteurs de la Brookings Institution ne trouvent rien de bon à dire du système scolaire ; le financement des internats est inapproprié et leur gestion est mauvaise ; de plus, le fait d'arracher les enfants à leur foyer empêche le développement d'une vie de famille normale.... Rien n'est fait pour procurer un emploi aux jeunes qui sortent de l'école. Dans la plupart des cas, ils sont mal préparés aux conditions de vie qu'ils trouvent en rentrant chez eux......"

Henry Roe Cloud, un Indien Winnebago, qui fait partie de l'équipe d'enquêteurs, aime à citer Benjamin Franklin : "Il est très difficile de faire tenir debout un sac vide."


Iron Bull (Crow)
(Taureau-de-Fer)

L'autosuffisance que procurait l'ancien mode de vie des Indiens des Plaines apparaît
clairement dans la description d'un campement d'Indiens Crows visité par le jeune lieutenant Hugh Lenox Scott, en 1877, à l'occasion du "nettoyage" qui suivit la campagne d'hiver menée contre les Sioux, les Cheyennes et les Arapahoes.

Scott a trouvé les Crows "riches de tout ce dont un Indien avait besoin pour être heureux. Ils portaient de magnifiques vêtements à l'ancienne mode, faits de peaux et décorés de perles, de piquants de porc-épic et de queues d'hermine....

"On voyait partout de la viande en train de sécher. Tout le monde était insouciant et joyeux..."

Toute la vie d'une nation indienne se déroulait devant nos yeux. Ici, le chef suprême Iron Bull recevait des ambassadeurs envoyés par une autre tribu. Là, le son des tambours rassemblait des guerriers pour une danse de guerre présageant une expédition contre les Sioux...

"J'étais complètement fasciné par la vie de ce grand village de tipis, par les couleurs, la gaieté, la bonne volonté et la gentillesse que je rencontrais partout..."

"Dans le tipi du chef suprême Iron Bull règnait fraîcheur et pénombre. Des lits en peau de bison étaient disposés contre les parois, le sol avait été balayé et il était propre comme la paume de ma main...."

Texte de Tania



A suivre...

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